À la faveur d’une visite de travail en mars 2022, le premier ministre ivoirien a rencontré des les deux pays.
À l’initiative de la direction Afrique de l’Atlantic council, un think tank américain spécialisé dans les relations internationales, le chef du gouvernement ivoirien, Patrick Jérôme Achi, a séjourné, du 13 au 15 mars 2022 à Washington DC. Ce qui lui a valu de présenter, lors d’une conférence-débat, les axes stratégiques du programme « Côte d’Ivoire 2030 ». Le premier ministre a ainsi montré aux Américains les tenants et aboutissants de ce vaste programme, né de la vision du chef de l’État, Alassane Ouattara, et qui devrait permettre à la Côte d’Ivoire d’accélérer son développement sur le plan économique, social, humain et culturel, avec comme objectif de doubler à nouveau, le Produit intérieur brut (PIB) par habitant sur la décennie à venir, tout en divisant par deux le taux de pauvreté dans le pays. En marge de cet important événement, Patrick Achi a eu des entretiens avec d’illustres personnalités de l’administration américaine. Il s’agit, premièrement, de la rencontre avec le secrétaire d’État américain, Antony Blinken. Cette rencontre a permis aux deux hommes de faire le point de l’état de la coopération bilatérale tout en relevant la nécessité de renforcer les relations sur le plan sécuritaire, économique et démocratique entre les États-Unis et la Côte d’Ivoire. « Nous avons abordé ensemble les questions spécifiques sur tout ce que le gouvernement américain a fait pour la Côte d’Ivoire au cours des dernières décennies notamment au niveau de l’aide dans la lutte contre le SIDA (près de 1000 milliards de francs CFA au cours des 17 dernières années), en passant par le Millennium challenge corporation (MCC) avec plus de 525 millions de dollars américains », a déclaré Patrick Achi. Il a saisi l’occasion pour remercier les autorités américaines pour leur forte contribution à la croissance économique et sociale de la Côte d’Ivoire, notamment à travers le MCC, le projet PEPFAR (les États-Unis sont les plus grands contributeurs de la lutte contre le VIH-SIDA), ainsi que les nombreux dons de vaccins reçus dans le cadre de la lutte contre la pandémie de la COVID-19. Aussi, convient-il de relever que le volume des échanges commerciaux estimé à 1,250 milliards de dollars US est jugé en deçà des grandes potentialités que regorgent les deux nations. C’est la raison pour laquelle l’émissaire du président Alassane Ouattara a plaidé pour une accélération des flux commerciaux, et a appelé les États-Unis à accompagner la Côte d’Ivoire dans la mise en œuvre de son programme « Côte d’Ivoire 2030 ». Les deux personnalités ont également parlé des enjeux de la sécurité sous régionale au regard de la situation mondiale actuelle entre la Russie et l’Ukraine. À ce sujet, le premier ministre Patrick Achi a réaffirmé avec force et détermination, la position sans ambiguïté de la Côte d’Ivoire qui rejoint celle des États-Unis et de l’Union européenne. Il a également plaidé pour la poursuite et le renforcement du soutien américain dans le domaine militaire (formation, renseignement, acquisition d’équipements). « Nous leur avons dit quels étaient les défis et les enjeux sécuritaires que nous avions. Et face à ces défis de sécurité, nous avons nous-mêmes commencé à renforcer la formation de nos militaires. Nous avons également consolidé nos équipements et avons surtout investi dans des infrastructures sociales de base aussi bien que dans des projets d’insertion de jeunes pour pouvoir améliorer les conditions de vie des populations aux frontières Nord. Cela, afin d’essayer de freiner le terrorisme, qui est menaçant », a expliqué le premier ministre ivoirien. Il a également relevé que malgré l’obtention d’un accroissement du financement du déficit budgétaire de 0,3% du PIB avec le Fonds monétaire international (FMI) – à hauteur de 200 millions de dollars US, les dépenses sécuritaires de la Côte d’Ivoire, pour faire face à la lutte contre le terrorisme et la piraterie maritime, sont de plus en plus importantes. Selon Patrick Achi, un soutien plus accru des États-Unis est attendu dans le financement des actions de lutte contre la fragilité dans les zones frontalières. Il a ainsi estimé qu’il s’agit d’un complément indispensable à la lutte contre le terrorisme à moyen et à long terme (financement de projets, adduction en eau potable, électrification villageoise, formation professionnelle, autonomisation de la femme, transfert monétaire aux ménages vulnérables avec un objectif de 500 mille ménages). Sans omettre d’ajouter que le volet militaire et l’aspect social nécessiteront un effort de 1 milliard de dollars US. Le chef du gouvernement ivoirien a aussi plaidé pour la désignation d’un point focal américain qui devrait permettre d’approfondir le point des besoins militaires et des efforts dans le cadre de la lutte contre la fragilité dans les zones frontalières Nord. Avant de quitter son illustre hôte, le premier ministre a exprimé au secrétaire d’État américain, Antony Blinken, la disponibilité du président Alassane Ouattara à œuvrer pour l’amélioration des relations d’affaires entre la Côte d’Ivoire et les États-Unis. Après quoi, Patrick Jérôme Achi a eu, en deuxième lieu, un tête-à-tête avec la Présidente du conseil d’administration (PCA) du Millennium challenge corporation (MCC), Alice Albright, qui venait d’être élue à ce poste. Là, il a été question de passer en revue les avancées des projets portés par le MCC en Côte d’Ivoire, notamment dans les secteurs de l’éducation, des transports, de l’enseignement technique et professionnel avec la construction de collèges de proximité. Sans oublier les questions liées à l’électricité, les infrastructures routières avec la construction et la réhabilitation de voies structurantes dans la ville d’Abidjan. « L’ensemble de ces sujets, sur lesquels nous avons depuis quelques années des accords, connaît une accélération extrêmement importante. Et nous en sommes satisfaits », a affirmé le premier ministre ivoirien. Toutefois, le chef du gouvernement n’a pas manqué d’évoquer des contraintes liées à la mise en œuvre du MCC, notamment les délais d’exécution de certains projets du programme ‘’Compact’’ auquel la Côte d’Ivoire a été rendue éligible depuis 2015, avec une enveloppe globale de plus de 500 millions de dollars américains. « Prévus pour cinq ans, ces projets ont dû être rallongés d’une année supplémentaire avec l’accord du congrès américain », a relevé Patrick Achi. Avant de se féliciter des bonnes perspectives dans le cadre de la collaboration entre la Côte d’Ivoire et le programme Millennium challenge corporation. Quant à Mahmoud Bah, deputy chief executive au MCC, il a affirmé que les deux parties ont convenu de travailler de concert, afin de trouver les voies et moyens de mettre en œuvre le Compact, dans le délai imparti. « Nous avons eu un échange assez détaillé sur des éléments clés de la mise en œuvre du Compact. Nous accompagnons la Côte d’Ivoire dans son plan de développement. Et l’éducation, le transport et l’énergie sont au centre de ce plan de développement », a-t-il affirmé. Une autre rencontre, et non des moindres, la troisième de haut niveau, a permis au chef du gouvernement ivoirien de s’entretenir avec Reta Jo Lewis, la nouvelle Présidente directrice générale (PDG) d’Eximbank US, au siège de l’institution à Washington DC. Une fois de plus, le patron de la primature est revenu sur la ‘’Vision stratégique 2030’’ du président de la République, Alassane Ouattara. À sa sortie d’audience, Patrick Achi a déclaré : « La présidente nous a assurés que la vision 2030 et le Plan national de développement (PND) les intéressent… Il s’agit particulièrement des secteurs de la transformation de nos matières premières pour les intégrer dans la chaîne de valeur mondiale ». La banque américaine s’est également dite intéressée par le financement des secteurs de l’environnement pour la lutte contre la désertification et les effets du changement climatique, de l’énergie, du transport et bien d’autres. Le premier ministre Patrick Achi a aussi profité de son séjour aux États-Unis pour prendre part à une table ronde avec la Chambre de commerce américaine, au cours de laquelle il a procédé au lancement d’un guide économique sur les opportunités d’investissement en Côte d’Ivoire. À la fin de ce séjour à Washington DC, le chef du gouvernement ivoirien n’a pas manqué de réaffirmer la nécessité de rehausser et d’accélérer le niveau des échanges commerciaux entre la Côte d’Ivoire et les États-Unis. « Ces échanges méritent d’être significativement améliorés », a souligné Patrick Achi. Avant de se réjouir du fait d’avoir été la première personnalité à être reçue par la nouvelle PDG d’Eximbank US, soit un privilège qui va contribuer à renforcer le partenariat entre les secteurs privés ivoirien et américain.